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| [gravure Janet Blais] |
Un site enchanteur nous raconte l'histoire du premier pont à péage au Québec et nous
fait revivre le mode de vie du péager.
Rencontre avec l'histoire et un patrimoine naturel.
"Site de pêche Déry"
Le site de pêche Déry est un centre d'interprétation reconnu et classé site historique
national depuis 1984. Il est constitué de la maison du péager, d'un pont, d'un tronçon
de l'ancien chemin du Roy, des gorges et même du lit de la rivière Jacques-Cartier. Ce
lieu nous rappelle aussi les écrits de Frederic Tolfrey, un jeune officier britannique qui
a su nous transmettre la renommée de ce site avec ses saumons, ses paysages sauvages
et ses histoires des pêcheurs sportifs du début du XIXe siècle.
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| [gravure Janet Blais] |
Un obstacle à franchir
Le chemin du Roy, inauguré en 1734, relie Québec et Montréal, mais à la hauteur de
Donnacona, seul un bac permettait de traverser la rivière Jacques-Cartier. Vers 1784,
des habitants construisirent le "pont d'en haut" qui permettait aux voyageurs du chemin
du Roy de traverser la tumultueuse rivière là où ses rives ‚taient les plus rapprochées.
Mais celui-ci fut reconstruit à plusieurs reprises en raison du manque de solidité
et des crues qui emportaient le pont au printemps.
On construisit en 1804, "le pont Royal" à la demande des commissaires du
gouvernement. Ce fut le premier pont à péage puisque les frais de passage y étaient
exigés. Au même moment, une maison fut bâtie près du pont pour loger le péager
afin de lui permettre d'être toujours présent pour le passage des voyageurs et l'entretien du pont.
Le nom de "pont Déry" lui sera donné un peu plus tard en raison de la présence de quatre
générations de la famille Déry au poste de péager.
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| [gravure Janet Blais] |
Gardiens des lieux
L'aménagement et l'entretien du pont Royal impliquent des frais assumés par le péage.
Le péager devait réclamer à chaque personne qui voulait le traverser un certain
montant selon la nature du moyen de transport (le prix était fixé pour le piéton, le
nombre de roues qu'avait la voiture ou le nombre de chevaux qui la tirait).
Ce sont les Déry qui assumeront cet emploi de 1816 à 1910 (la dernière famille Déry
demeure dans la maison jusqu'en 1936): Joseph (de 1816 à 1822), Louis (de 1822 à
1859), Edward dit "Edwin" (de 1859 à 1900) et Edmond (de 1900 à 1910).
La maison est aussi un relais de poste où il est possible de changer de chevaux et de
réparer les voitures; le péager y tient aussi le rôle de guide pour les pêcheurs. Les Déry
perpétuent également l'habitude des premiers péagers qui offraient l'hébergement et
la pourvoirie.
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| [gravure Janet Blais] |
La pêche aux saumons
Les fosses de la rivière Jacques-Cartier sont connues depuis longtemps: les
Amérindiens venaient y pêcher le saumon avant l'arrivée des Européens. Ceux-ci
découvrirent l'endroit et le saumon devint la principale denrée de plusieurs familles
installées dans la région, garantissant même parfois leur survie. L'endroit est
privilégié en raison des fosses profondes où le saumon vient frayer et se reposer avant
de remonter les rapides de la rivière.
Le site Déry devient une réserve exclusive de pêche en 1818: une des premières en
Amérique. À cette époque, le saumon abondait dans les eaux de la rivière Jacques-Cartier. Des barrages sur la rivière, en 1904 et en 1913 empêchent le saumon de la
remonter. Créée en 1977, la Corporation de restauration de la rivière Jacques-Cartier
s'efforce, par l'ensemencement et l'aménagement de passes migratoires, de favoriser
le retour des saumons.
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| [gravure Janet Blais] |
Frederic Hildebrand Tolfrey
Jeune officier britannique né vers 1793. Il fut envoyé en garnison à Québec de 1816 à
1821. Accompagné par le major Browne, il découvre le site de pêche Déry et devient un
habitué des lieux, profitant de la chasse et de la pêche au saumon ainsi que de
l'hospitalité du péager. Il épouse Margaret Mary Williams de Québec en 1818.
Ses explorations lui permettent de découvrir la rivière Jacques-Cartier qui, à l'époque,
fut considérée comme l'une des meilleures rivières à saumon de tout le Canada.
Frederic Tolfrey écrit et publie en 1841 (Sportman in France) et en 1845 (Sportman in
Canada) dans lesquels il nous transmet des témoignages précieux de la vie quotidienne
d'antan (soirées de danse à la maison du péager par exemple) ainsi que des nouvelles
techniques de pêche et une description des paysages grandioses de l'époque.
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| [gravure Janet Blais] |
Rivière Jacques-Cartier
Du lac Jacques-Cartier dans les Laurentides jusqu'au fleuve Saint-Laurent, la rivière
Jacques-Cartier dévale et tourbillonne. Au site Déry, ses rives se rapprochent et le
mouvement perpétuel de l'eau a creusé de profondes fosses qui sont devenues autant
d'aires de repos pour le saumon qui la remonte. La rivière a joué un rôle considérable
dans la colonisation et l'industrialisation de Pont-Rouge. Les industries ont utilisé le
fort courant comme source d'électricité et de force motrice.
Le site Déry constitue un lieu naturel d'une grande beauté. Il fut décrit, peint et chanté par
nombre d'artistes dont Anne Hébert et Cornelius Kreighoff. Le pêcheur émérite
Frederic Tolfrey décrit la Jacques-Cartier comme "la plus prolifique de toutes les
rivières" et parle même de "la plus belle des rivières à saumon du monde". Nombreux
sont les pêcheurs, les touristes, les romanciers et les passants qui ont admiré ses
beautés.
Textes historiques: Annie Breton
Gravures: Janet Blais
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